Mot du président-fondateur

Gil Rémillard

Président-fondateur,

Forum économique
international des
Amériques (FEIA)

La 23e édition de la Conférence de Montréal qui s’est terminée jeudi le 15 juin dernier, a été un très grand succès. En effet, plus de 4,000 participants comprenant 210 conférenciers et 60 délégations internationales, se sont réunis pendant ses quatre jours pour discuter sous le thème général de : « Un nouveau monde : gérer le changement ».

Mentionnons tout d’abord ce sentiment ambivalent chez à peu près tous les conférenciers : tous ont démontré face à la situation de l’économie mondiale, un réel optimisme teinté cependant d’une grande incertitude. Oui, les indicateurs sont positifs comme le confirment les déclarations et décisions des gouverneurs de Banque centrale. Cependant, le contexte géopolitique international de même que les sérieuses conséquences de la 4e révolution industrielle amènent les investisseurs à la plus grande prudence.

Les mêmes questions sont donc revenues au fondement de toutes les discussions sur l’économie globale :

  • Jusqu’où ira ce populisme que l’on voit apparaître dans toutes les régions du monde?
  • Quels seront les conséquences de ces réactions protectionnistes qui s’en suivent?
  • Comment la mondialisation des économies et les traités de libre-échange vont-ils être affectés par ce protectionnisme?
  • Dans ce contexte, comment peut-on construire une mondialisation plus inclusive pour lui donner un nouvel élan?
  • Comment doit-on gérer les changements radicaux auxquels nous confronte la 4e révolution industrielle?
  • Pourra-t-on conserver et développer dans les prochaines années le consensus concernant l’Accord de Paris sur les changements climatiques?

Voilà autant de questions qui ont été discutées dans un langage très direct qui a été fort apprécié des participants. Ainsi, les échanges ont pu exprimer d’une part la confiance mais aussi d’autre part les inquiétudes et disons-le dans certains cas, la peur qu’elles suscitent.

Nous sommes tous habitants de cette planète, face au même dilemme : ou on se ferme les yeux en se disant que quelque 9 ans après la Grande récession, tout va bien; ou nous regardons ces changements en face pour nous assurer que nous les comprenons bien et que nous réagissons donc correctement pour gérer les situations difficiles qui en découlent.

Tout d’abord, il apparait de plus en plus évident qu’une nouvelle carte du monde est à se définir tant sur le plan sociopolitique qu’économique sous l’effet de la révolution numérique associée à une révolution de l’énergie et à une autre des communications. Ce qui nous donne une quatrième révolution industrielle qui nous oblige à changer substantiellement nos façons de penser et de faire.

Plusieurs conférenciers ont souligné le manque de vision et de leadership pour faire face à cette 4e révolution industrielle, sans toutefois en faire un reproche puisque tant au niveau des gouvernements et des organisations internationales qu’à celui du secteur privé et des entreprises en particulier, le portrait que devrait donner finalement cette 4e révolution industrielle est loin d’être clair et limpide. Les pièces du casse-tête sont très petites et nous n’avons pas à nos côtés l’image qu’ils doivent donner une fois rassemblés.

Ainsi par exemple, l’intelligence artificielle va changer nos vies mais jusqu’où peut-on la développer tout en gardant le contrôle des machines que l’on crée? Et l’homme créa le robot… ! Très bien, mais attention aux pommes…On se souvient de cette histoire d’Adam et Ève du début de la création de la terre qui, à bien y penser, contient un message de grande sagesse. C’est en ce sens que, dès le début de la Conférence, Thomas Friedman, auteur du Best Sellers « Thank you For Being Late » est venu nous dire que les choses vont tellement vite que nous risquons la catastrophe si l’on continue ainsi.

Les chefs d’entreprise se sont eux aussi montrés inquiets face à l’obligation qu’ils ont de développer dans leurs entreprises les nouvelles normes de productivité et de compétitivité sans cependant en connaître tous les impacts. On a fait nos choix disent-ils, mais comment peut-on s’assurer que nous avons choisi la bonne innovation et comment doit-on la gérer pour qu’elle soit vraiment profitable dans ce contexte de très profonds changements dans tous les secteurs d’activités?

Plusieurs conférenciers ont fait référence par exemple au commerce de détail et la fin de beaucoup d’entreprises et centres commerciaux victimes de l’achat en ligne et de la livraison à domicile. D’autres se sont référés à la fin de la fabrication à l’étranger (outsourcing) par l’utilisation sur place de l’impression 3D et de la robotique entrainant une baisse importante du commerce international et du transport maritime.

Plusieurs membres de délégations internationales ont souligné que cela signifie d’énormes conséquences pour des pays en développement et en particulier pour la Chine que l’on considérait jusqu’à présent comme le manufacturier du monde.

La fin du pétrole et du gaz au profit des énergies renouvelables dominées par le solaire aura aussi de très sérieuses conséquences particulièrement difficiles pour les économies des pays producteurs dont plusieurs dépendent essentiellement de cette ressource. Et tout ça, bien entendu, en étant conscient des dangers de l’espionnage et du piratage informatique qui peuvent devenir de véritables formes de terrorisme commercial pouvant sérieusement affecter la compétitivité et la vie des entreprises en ne respectant plus les règles de la propriété intellectuelle.

Il en va aussi de même pour les conséquences dues au changement climatique avec ses répercussions sur l’agriculture et la santé qui affectent aussi beaucoup les pays en développement. La Conférence a mis de l’avant cette année les grandes interrogations sur la santé que soulève la pollution sous toutes ses formes. En ce sens, chaque jour, le danger d’une nouvelle pandémie résistante aux antibiotiques actuels parait de plus en plus imminent. Comment doit-on y faire face? Difficile de se fonder sur un consensus pour répondre à cette question, avouons-le, angoissante. Il faut, nous ont dit plusieurs intervenants, nous arrêter de produire pour produire et nous interroger sur les réelles conséquences de ce que nous faisons en ce qui regarde premièrement la santé.

Oui, le Titanique aurait fait une belle croisière s’il n’y avait eu cet excès de vitesse et cette banquise qu’on n’a pas su repérer à temps. Il est vrai qu’un naufrage peut être élégant avec l’orchestre qui joue sur le pont du navire jusqu’à la dernière minute, mais il demeure, que le bateau coulera au fond de l’océan avec des centaines de passagers. D’autres plus chanceux, regarderont le spectacle des chaloupes de sauvetage qu’ils ont su repérer ou s’approprier à temps par différents moyens parfois discutables mais qu’ils leur ont quand même permis d’éviter la noyade.

Une grande conclusion s’impose des discussions de cette 23e Conférence : Nous ne pouvons plus continuer à développer une croissance fondée sur des privilèges. L’inclusion demeure, comme il l’a été mentionné à plusieurs reprises, notre grand défi. C’est donc en ce sens que la 23e Conférence a regroupé, sous l’égide de la francophonie et sa secrétaire générale, Michaëlle Jean, les secrétaires générales du Commonwealth, Patricia Scotland, de l’Ibéro-American General Secretariat (SEGIB), Rebeca Grynspan, et Comunidade dos Paises de Lingua Portugesa (CPLP), Maria do Carmo Silveira. Les quatre secrétaires générales qui représentent plus de 60% des pays de la planète ont lancé « l’Appel de Montréal » pour un nouvel humanisme international fondé sur l’inclusion.

Les quatre secrétaires générales se réuniront de nouveau à la Conférence de Paris, le 8 décembre, pour « l’Engagement de Paris » où des projets très concrets seront mis de l’avant pour développer cette nouvelle solidarité internationale, en se référant en particulier à la jeune génération qui doit bénéficier partout sur la planète d’éducation et de formation adéquate offertes par des universités plus accessibles.

Un avertissement a donc été lancé à la 23e Conférence de Montréal pour que nous puissions gérer le changement en conservant une vitesse de croisière prudente dans les circonstances. Regardons ce qui apparaît au-delà des indicateurs économiques positifs. Et surtout avant de monter à bord méfions-nous de ces bateaux qu’on qualifie d’ « incoulables » et bien sûr, repérons les « canots de sauvetage ». Nous savons au départ qu’il n’y en pas assez pour permettre à tous les passagers de quitter le navire. Alors mieux vaut les garder à l’œil…

Il est donc évident que le contexte mondial exige des investisseurs la plus grande prudence. Voilà une autre conclusion qui s’est imposée très significativement puisque la question doit être posée : une nouvelle récession est-elle possible et sommes-nous prêts à y faire face? La réponse a été donnée très clairement et oui, il y aura une nouvelle récession. Mais, nous ne pouvons pas savoir quand exactement elle aura lieu puisque la croissance est bien là mais ses fondements sont fragilisés de par la grande incertitude qui est de plus en plus présente.

Tout finalement est relié à une question de confiance qui aujourd’hui se maintient bien. Cependant, il nous reste à gérer correctement ces changements qui font de nous des apprentis de cette 4e révolution industrielle qui est sans précédent. En effet, pour la première fois dans l’histoire de cette planète, les changements ont lieu partout dans tous les continents et le développement phénoménal des communications avec les médias sociaux nous permettent de suivre l’évolution des choses pas à pas. Les incertitudes qu’elle crée sont donc très difficiles à garder dans leur réelle dimension. Elles peuvent être facilement amplifiées par l’effet en particulier de « fausses informations » comme l’ont souligné certains conférenciers.

Bien sûr, prendre un risque excessif n’est pas mieux que prendre aucun risque. Mais quelle marge de manœuvre l’investisseur bénéficie-t-il pour différencier ces deux options? Voilà une question qui a soulevé beaucoup de discussion mais il faudra attendre pour y répondre vraiment à la prochaine Conférence de Montréal qui aura lieu, du 11 au 14 juin 2018, sous le thème général de : « Une nouvelle mondialisation  : gérer l'incertitude ».

Entretemps, nous pourrons faire le point, les 30 et 31 octobre et 1 novembre 2017, au Toronto Global Forum où quelque 3,000 participants recevront une information privilégiée de la part de conférenciers de grande envergure internationale. Le Toronto Global Forum aura cette année pour thème général « Redefining Globalization » et sera le forum économique du 150e anniversaire de la Confédération canadienne pour le gouvernement de l’Ontario. Pour souligner cet évènement, aura lieu aussi la première réunion de l’Association réunissant ceux qui ont quitté l’Ontario pour accomplir une carrière exceptionnelle à l’extérieur.

Le Forum de Toronto sera suivi par la première édition de La Conférence de Paris, qui aura lieu au Centre des conférences de l’OCDE, à Paris, les 6, 7 et 8 décembre 2017, sous le thème général de « Repenser la mondialisation ». Cette première édition de la Conférence de Paris mettra en place les fondements d’un forum qui, chaque année, discutera des grands enjeux de la mondialisation des économies.

Au plaisir de vous accueillir à l’un de nos évènements prochains de 2017 et 2018 :

  • La 11e édition du Toronto Global Forum, du 30 octobre au 1 novembre 2017
  • La 1re édition de la Conférence de Paris, du 6 au 8 décembre 2017
  • La 8e édition du World Strategic Forum de Miami, du 16 au 17 avril 2018
  • La 24e édition de la Conférence de Montréal, du 11 au 14 juin 2018