Mot du président et chef de la direction

Nicholas Rémillard

Président et chef de la direction,

Forum économique international des Amériques (FEIA)

La 24e Conférence de Montréal s’est terminée le 13 juin avec une séance qui clôturait une journée consacrée au changement climatique et à l’innovation. L’objectif premier du forum est d’apporter par les évènements qu’il organise, une connaissance significative des grands enjeux internationaux tant économiques que sociopolitiques.

Il était intéressant d’y entendre cette année les commentaires de Ban Ki-moon, ce Sud-Coréen qui fut secrétaire général des Nations-Unies de 2007 à 2016, sur la rencontre Trump – Kim qui avait eu lieu à Singapour la veille, le 12 juin. Cette rencontre, nous a-t-il dit, est par elle-même historique, mais il faudra attendre pour savoir si elle aura des effets vraiment déterminants sur la sécurité internationale à plus long terme. Outre cet élément primordial de géopolitique mondiale, l’intervention de Ban Ki-moon a été l’occasion de revenir sur les grands enjeux qui ont marqué son mandat de secrétaire général, à commencer par l’Accord de Paris sur le climat et la mise en place des dix-sept Objectifs de développement durable des Nations-Unies.

Voilà qui a bien conclu cette 24e édition dont le thème général «Une nouvelle mondialisation : gérer l’incertitude » était particulièrement à propos. Les deux coprésidentes, Orit Gadiesh, présidente, Bain & Company, et Afsaneh Beschloss, chef de la direction, The Rock Creek Group, ont su donner le ton de discussions reflétant un monde à la recherche d’une nouvelle ère de croissance plus inclusive et plus durable.

À quand la prochaine récession ?

Après ces trois jours de discussions intensives, il apparait évident tout d’abord que nous vivons une période de grande inquiétude tant sur le plan économique et financier que politique et social. Rappelons-nous par exemple les frissons vécus le 5 février dernier alors que les marchés financiers et boursiers connaissaient des ajustements substantiels. Doit-on craindre une nouvelle crise économique 10 ans après la « Grande Récession » de 2008? Plusieurs conférenciers nous ont fait part de leur grande préoccupation face aux trois prochaines années. En effet, les dettes substantielles des pays en développement sont le premier danger qui nous guette, comme le démontre présentement le cas de l’Argentine qui a récemment évité la crise grâce au soutien du Fonds monétaire international (FMI). Cependant, les économies des pays industrialisés, les États-Unis en premier lieu, sont en bonne condition et nous permettent d’être confiants et ce, malgré l’endettement des ménages qui devient de plus en plus inquiétant et les salaires qui ne suivent pas l’évolution de l’économie.

Il faut donc se demander comment vont se comporter l’emploi et l’inflation et quelles seront par conséquent les réactions des banques centrales dont la marge de manœuvre demeure fort mince. Les réponses de ces dernières ont été somme toute positives jusqu’à présent en ce qui a trait à leurs politiques d’ajustement des taux d’intérêt.

Une situation géopolitique internationale difficile

Toutefois, certaines nuances importantes ont été apportées quant aux incidences potentielles de situations géopolitiques internationales difficiles sur l’évolution économique tant régionale que planétaire. Si on ajoute à ces situations géopolitiques explosives la guerre commerciale globale, qui apparait de plus en plus comme une menace sous l’impulsion du président Trump, on se retrouve dans une situation des plus inquiétantes, selon les analystes et chefs d’entreprise présents.
Ainsi, s’est imposée dans ce contexte une question : comment les entreprises peuvent-elles intégrer une analyse réaliste des risques politiques dans le processus de prise de décision d’investissement? Voilà une autre question de fond très discutée, avec pour conclusion que les entreprises doivent exercer une grande prudence en procédant tout d’abord à une analyse géopolitique spécifique pour chaque projet. Pour les petites et moyennes entreprises, il demeure que le recours, quand cela est possible, aux organismes gouvernementaux est une nécessité pour bien connaitre les réalités géopolitiques d’une région avant d’y investir.

L’impact des trois grandes révolutions

Le programme de cette 24e édition était, comme celui de l’année dernière, axé sur les trois grandes révolutions qui transforment radicalement nos façons de penser et d’agir :

  • Tout d’abord, la révolution du numérique, avec l’intelligence artificielle, l’impression 3D et la robotique, qui alimentent une 4e révolution industrielle et commerciale ;
  • Ensuite, la révolution de l’énergie en faveur des sources d’énergie durable, dont le solaire qui s’impose partout dans le monde comme la première solution de remplacement face aux énergies fossiles si polluantes ;
  • Et enfin, la révolution des communications, qui met en contact direct et instantané, notamment via les médias sociaux, tous les habitants de la planète, et qui offre des possibilités presque infinies de conserver des données, ce qui soulève des problèmes tant de respect de la vie privée que d’adaptation au commerce en ligne, impliquant une nouvelle approche pour les grandes surfaces du commerce de détail.

De plus, plusieurs conférenciers ont fait valoir que la planète est effectivement devenue un village global comme l’écrivait, en 1964, Marshall McLuhan. Mais cet éminent philosophe canadien n’avait pas prévu que ce village serait composé de quartiers résidentiels et même de rues de plus en plus sensibles à leur identité socio-politico-économique devenant ainsi protectionnistes sur le plan commercial comme sur le plan social et culturel.

Plusieurs intervenants à la conférence n’ont pas manqué d’évoquer ces mouvements populistes qui touchent tous les pays industrialisés et exacerbent ces enjeux si sensibles face au phénomène de la migration que l’on connait tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Le Procureur général adjoint des États-Unis, Rod Rosenstein, a su dans sa présentation, relever d’une façon particulièrement significative que l’histoire de cette planète est fondée sur des mouvements de population, qui ont souvent entraîné des difficultés, voire des conflits.

La situation des migrants qui sont à la recherche d’une meilleure qualité de vie et dont la vie est parfois en danger est indigne de notre humanité. Comme plusieurs conférenciers l’ont souligné, on ne peut en arriver à une solution qui respecte à la fois le droit fondamental des États à contrôler leurs frontières et le respect de la dignité de ces humains sans une intervention internationale spécifique pour régler notamment, le problème des « passeurs ».

Toutefois, plus fondamentalement, ce problème nous confronte à la nécessité de mettre en place une économie globale plus inclusive fondée sur un commerce mondial à la fois libre et équitable.

Au-delà des guerres commerciales : Une mondialisation plus inclusive

Plusieurs conférenciers ont souligné que la situation positive de l’économie mondiale nous permettait, pour un certain temps du moins, de faire les ajustements qui s’imposent pour mettre en place une croissance économique plus inclusive. Cependant, en ces temps de guerres commerciales complexes et difficiles à saisir, l’incertitude ressentie tant chez les gouvernements que dans le secteur privé rend difficile les prises de décisions qui permettraient de progresser significativement vers davantage d’inclusivité. Le mouvement de mondialisation ne saurait être stoppé, mais l’occasion nous est donnée de mieux le gérer.
Comprendre les grands enjeux liés à cette complexité de la situation mondiale économique et sociopolitique est un défi de tous les jours dans la gestion tant publique que privée. D’où l’ importance, nous a dit David Rubenstein –  le cofondateur du groupe Carlyle, une des sociétés de capital-investissement les plus importantes du monde –, de protéger la confiance dans l’économie non seulement des investisseurs mais aussi des consommateurs.
Il est bon de se rappeler que ce sont eux qui font tourner la roue économique, dans la mesure où nous savons contrôler les excès pour éviter ce qui s’est passé avec les « subprimes » en 2008.

Innovation et choix stratégique

L’information stratégique est déterminante pour les gouvernements aussi bien que pour les entreprises petites ou grandes qui sont confrontées à des choix d’innovation pour leur développement. Comment choisir la bonne innovation ? À quelles conditions l’Intelligence artificielle peut-elle être un outil premier de développement pour les entreprises ? Quelques-uns des plus éminents experts et chefs d’entreprise ont su apporter des réflexions et des réponses très pragmatiques à ces questions liées aux défis du nouveau management des entreprises, quelle que soit leur taille.

De fait, pour tous les dirigeants, une première préoccupation doit être de réduire la vulnérabilité de leur entreprise face à l’évolution technologique et au numérique. Il était éclairant et stimulant d’entendre différents témoignages comme ceux de Michael Evans, président d’Alibaba, et d’Alexandre Ricard, président-directeur général de Pernod Ricard, concernant les possibilités de développement qu’offrent les nouvelles technologies. Les enjeux de cyber sécurité ont aussi été abordés en profondeur en ces temps de guerres commerciales de plus en plus vives et dangereuses qui risquent de nous mener vers une nouvelle récession.

Un très grand succès

La 24e Conférence de Montréal a donc été un très grand succès. Près de 4200 personnes y ont participé pour entendre quelque 189 conférenciers. De nombreuses délégations internationales venant de différentes régions du monde y étaient présentes pour faire valoir leur point de vue et rencontrer de potentiels investisseurs. Ainsi, le service de rencontres bilatérales de la Conférence a coordonné de nombreuses mises en relation entre nos distingués invités. Plusieurs organismes publics et entreprises privées y ont d’ailleurs conclu d’importantes transactions financières.

Thème de la 25e Conférence de Montréal : « Mener le changement »

Le 11 juin, le Bureau des Gouverneurs de la Conférence a décidé que la 25e Conférence aura lieu, du 10 au 13 juin 2019, sous le thème général de « Embracing Change ».

D’ici là, la Conférence de Paris, qui se tiendra les 2 et 3 octobre prochain, présentera un programme, sous le thème général de « Reshaping Globalization, Mastering Change ». Elle sera suivie par le Toronto Global Forum qui se déroulera, du 10 au 12 décembre prochain, sous le thème général de « Navigating A World Of Disruption ».

Au plaisir de vous accueillir à nos évènements,