Mot du président-fondateur

Gil Rémillard

Président-fondateur,

Forum économique
international des
Amériques (FEIA)

Contrairement aux dernières années, pour 2017, nous ne tournons pas simplement une page ; nous changeons de livre. En effet, nous devons mettre de côté le livre de la mondialisation, de la mise en place progressive d’un commerce mondial sans frontières. Sans le mettre au recyclage, nous devons de toute évidence le poser sur notre table de chevet, le temps d’une pause, pour nous permettre de prendre les moyens nécessaires afin de mieux comprendre les changements de fond qui bouleversent notre planète tant sur les plans politique et économique que socioculturel.

Nous sommes en train de construire un nouveau monde. Le problème est que nous avons devant nous un difficile casse-tête aux très petites pièces, et que nous ignorons l’image finale qu’il devrait nous donner. Trois révolutions de fond, celle du numérique et de la technologie, celle des communications, et celle de l’énergie, sont en voie de changer le monde. Malheureusement, cela se passe sans le « leadership » nécessaire pour vivre une telle transformation, ce qui cause une grande incertitude.

Disons-le clairement : nous vivons aujourd’hui, à quelques différences près, ce qu’ont traversé les pays industrialisés à chacune des grandes révolutions industrielles, en particulier celle de la fin du tournant du 20e siècle. Nous savons ce qui en a résulté, avec la Grande Guerre (1914-1918), la Grande Dépression (1929) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), avant de retrouver les « années glorieuses » de la paix internationale et le chemin de la croissance. Aujourd’hui, admettons-le, quelque neuf ans après la grande récession de 2008, nous sommes inquiets.

En 2008, les banques centrales, conscientes qu’il ne fallait pas commettre l’erreur des années 1930, ont imprimé de l’argent et réduit à la marge les taux d’intérêt. On a pu ainsi composer avec « La grande récession » tout en évitant le pire. Mais aujourd’hui, nous savons que notre marge de manœuvre est mince.

Le retour du populisme que nous vivons aujourd’hui est essentiellement un réflexe face à la crainte que dégage l’insécurité politique et économique internationale. Pourtant, les choses ne vont pas si mal, à preuve : l’OCDE revoit la croissance mondiale à la hausse pour 2017. De plus, l’économie des États-Unis, premier moteur de l’économie mondiale, affiche une performance remarquable avec un taux de chômage à quelque 4,6%.

Il est aussi important de comprendre qu’une pause dans le processus de la mondialisation ne sera pas un mal en soi si cela peut nous permettre de faire les ajustements qui s’imposent, en premier lieu face à la quatrième révolution industrielle. La compagnie Adidas a marqué l’histoire en mai dernier lorsqu’elle a décidé de rapatrier de Chine en Allemagne la fabrication de ses chaussures : avec la robotique et l’impression 3D, l’entreprise peut désormais directement, et à moindre coût, contrôler sur son territoire la fabrication tout en créant des emplois. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le pari du président désigné Donald Trump de transférer la fabrication des iPhone de la Chine aux États-Unis pour créer des emplois. Avec, cependant, la possibilité de sérieuses conséquences collatérales…Entretemps, les compagnies Ford et Chrysler Fiat ont annoncé qu’ils arrêtaient leur fabrication à l’étranger pour développer leur capacité de production interne aux États-Unis.

De plus, il faut constater le développement de la robotique pour se rendre compte que cet être mécanique créé par les humains est en train de changer non seulement nos façons de faire, mais aussi nos façons de penser. La délocalisation (outsourcing), c’est-à-dire la fabrication dans un autre pays que celui où est établie l’entreprise, va se faire de plus en plus rare, et, comme résultat direct, le commerce mondial continuera à diminuer année après année, menant les États, par le fait même, vers le protectionnisme. Ce qui signifie, pour un temps, le retour au bilatéralisme et la mise de côté du multilatéralisme dans les discussions commerciales.

Toutefois, l’année 2017 pourrait être l’année du retour d’un leadership international responsable qui nous manque aujourd’hui tellement. En effet, nous entreprendrons cette nouvelle année avec un Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, nouvellement élu qui devrait apporter le souffle nouveau dont a besoin cet organisme fondamental pour jouer son rôle au chapitre de la gouvernance mondiale. Quant à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), elle devrait soit reconduire son actuel président, Roberto Azevêdo, soit élire un nouveau dirigeant à un moment particulièrement significatif de l’existence de cet organisme qui marqua les débuts de la mondialisation en 1995. L’OMC, qui se révéla incapable de finaliser la Ronde de Doha, et est essentiellement devenue aujourd’hui un tribunal d’arbitrage ce qui, dans les circonstances, est quand même fort appréciable.

Alors que l’année 2016 a été celle de la rupture, 2017 pourrait marquer les débuts des grands ajustements, avec en tout premier lieu les négociations entourant le Brexit et l’arrivée du nouveau président américain, Donald Trump. Il est vrai qu’une vague plus conservatrice déferle sur une grande partie du monde. Ce n’est pas en soi une mauvaise chose, dans la mesure, cependant, où nous pouvons contrôler les excès potentiels et saisir l’occasion de mieux nous adapter aux changements radicaux auxquels nous confrontent, d’une part, la quatrième grande révolution industrielle, et d’autre part, les pressantes exigences du développement durable.

Nous savons que le grand danger des révolutions, ce sont les possibilités d’excès avec ses conséquences économiques et sociopolitiques. La série d’attentats partout dans le monde témoigne de cette recherche de nouvelles valeurs morales fondamentales qui peuvent créer de sérieux conflits.

Les réfugiés Syriens ont mis, particulièrement en 2016, les pays face à leur devoir de base consistant à accueillir des personnes dont la vie est en danger, avec en retour le devoir de s’intégrer à la société qui les accueille. Cela ne doit par ailleurs d’aucune façon remettre en cause le droit fondamental de tout pays d’avoir recours à une « immigration choisie ». C’est à cette seule condition que le multiculturalisme pourra être un gage de solidarité et de prospérité nationale tout en évitant le piège du nationalisme ethnique. Le défi de l’inclusion est fondamental pour tous les États.

En ce sens, la bonne nouvelle, c’est que la révolution des communications nous amène par la force des choses sur la voie d’un « nouvel humanisme universel » fondé sur un capitalisme plus inclusif et plus équitable. En faire la promotion, en 2017, sera un des objectifs essentiels du Forum économique international des Amériques dans ses quatre évènements, y compris le petit dernier, La Conférence de Paris, qui deviendra réalité cette année, après plusieurs années de discussion. C’est ainsi que le Forum économique international des Amériques accueillera, en 2017 et 2018, quelque 9 000 participants issus de tous les grands secteurs d’activité et de tous les continents :

 

  • Toronto Global Forum, 11e édition, du 30 octobre au 1er novembre 2017, « Redefining Globalization »
  • La Conférence de Paris, 1re édition, 7 et 8 décembre 2017 « Reshaping Globalisation, Mastering Disruption »
  • World Strategic Forum de Miami, 8e édition, 16 et 17 avril 2018, « Leading An Era of Change »
  • Conférence de Montréal, 24e édition, du 11 au 14 juin 2018, « Une nouvelle mondialisation : gérer les incertitudes »

Au plaisir de vous accueillir à nos événements !

Gil Rémillard, président-fondateur, Forum économique international des Amériques (FEIA)