Mot du président et chef de la direction

Nicholas Rémillard

Président et chef de la direction,,

Forum économique international des Amériques (FEIA)

La 2e édition de La Conférence de Paris a été un grand succès. Merci!

La Conférence de Paris qui a eu lieu les 2 et 3 octobre dernier a accueilli plus de 1200 participants et près de 80 conférenciers, sous le thème général de « Repenser la mondialisation, mener le changement».

Les discussions ont surtout mis en perspective les cinq grands enjeux stratégiques auxquels fait face la mondialisation des économies :

  • La révolution numérique, incluant entre autres l’IA, la robotique et l’impression 3D, alimente une 4e révolution industrielle que l’on doit certes bien comprendre mais aussi bien encadrer sur le plan humain, en raison des nouvelles normes de productivité et de compétitivité qu’elle crée;
  • La révolution des communications, qui met l’ensemble des habitants de notre planète en relation de plus en plus directe et instantanée, tout en accélérant la diffusion des idéologies comme la défense des droits de la personne mais aussi le populisme et le protectionnisme, avec les conséquences que l’on sait en matière de politiques d’immigration par exemple;
  • La transition énergétique, qui nous amène vers des sources d’énergie renouvelables comme le solaire, dont les impacts socio-politiques et économiques pour l’ensemble de la planète sont profonds, tant en ce qui regarde un accès beaucoup plus facile à l’énergie propre pour les pays traditionnellement importateurs d’énergie qu’en ce qui a trait aux conséquences financières pour les pays producteurs de gaz et pétrole;
  • Les changements climatiques et le défi du développement durable, avec ses conséquences directes sur la qualité de vie et la santé, ainsi que sur la situation économique des gouvernements, des compagnies et des individus directement confrontés à la multiplication des désastres naturels;
  • L’éducation, qui s’avère plus que jamais le fondement d’une nouvelle civilisation en développant sa qualité, son universalité et son accessibilité grâce aux révolutions du numérique et des communications.

Ces cinq grands enjeux s’entrecroisent et entraînent de sérieuses conséquences pour l’économie globale. Ainsi, plusieurs conférenciers ont souligné les grands dangers d’une nouvelle récession quelque 10 ans après « La Grande Récession » de 2008. Selon eux, la volatilité actuelle des marchés boursiers, malgré un développement économique positif dans les pays développés, démontre fort bien une profonde inquiétude.

Cette inquiétude découle surtout de l’endettement des pays en développement, alors que le dollar américain est de plus en plus fort sous l’effet du « boom économique » américain et du contrôle de l’inflation par les banques centrales via l’augmentation des taux d’intérêt. De plus, les guerres commerciales, en particulier entre les États-Unis et la Chine, laissent des traces importantes dans les économies nationales et régionales. Et nous savons que les marges de manœuvre des banques centrales sont beaucoup plus minces qu’en 2008 pour réagir aux problèmes de liquidité monétaire.

Cependant, comme d’autres conférenciers l’ont également souligné, tout est une question de confiance. Et, vérifions bien avant de crier au loup s’il ne s’agit pas simplement du chien de la voisine… En ce sens, les discussions ont très bien démontré que les banques centrales, en particulier celles des États-Unis et de l’Union Européenne, prenaient les mesures qui s’imposent en gardant en tête l’objectif du 2% d’inflation annuelle.

De fait, la conclusion qui s’impose est que le danger premier qui menace la période de croissance économique actuelle demeure l’endettement tant des États que des individus. On voit là une conséquence directe des politiques de bas taux d’intérêt et l’accès à l’argent facile qui s’en est suivi et qui, disons-le, nous a permis de surmonter « La Grande Récession » de 2008.

L’autre danger demeure la situation géopolitique qui dans plusieurs pays est des plus sensibles, mettant en cause directement ou indirectement les règles fondamentales de la démocratie. Comme l’a rappelé un des conférenciers, il y a dix ans, c’était la finance mondiale qui était la cause principale des déséquilibres géopolitiques, alors qu’aujourd’hui c’est sans doute l’inverse. Comment les investisseurs doivent-il composer avec ces situations? Plusieurs discussions ont mis de l’avant cette question.

En somme, nous nous devons d’être vigilants, et il est temps de repenser la mondialisation, quelque 23 ans après la création de l’OMC. Notre défi est de savoir bien gérer ces changements qui s’imposent et qui devraient nous amener vers un nouveau cycle économique, gage d’un nouvel humanisme.

En particulier, il est sans doute temps d’ajuster à nos nouvelles réalités économiques et socio-politiques les grands principes du libéralisme et les règles internationales du multilatéralisme, qui nous ont guidé pendant le premier cycle de la mondialisation. Cependant, comme il a été dit à plusieurs reprises pendant la Conférence : « Attention…ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain… ». Gardons bien en tête que cette mondialisation nous a permis de sortir au moins un milliard d’humains de la pauvreté extrême et de mettre en place cette 4e révolution industrielle qui nous amène à changer substantiellement et pour le mieux nos façons de penser et de faire, dans l’esprit d’un nouveau capitalisme qui s’exprime de plus en plus dans les pays plus riches.

Il nous faut donc gérer autrement cette mondialisation pour être plus inclusifs et coopératifs, afin de mettre en place une nouvelle ère de prospérité, gage d’un humanisme planétaire.

La Conférence de Paris a été un grand succès en ce qu’elle nous a permis d’avoir une discussion des plus ouvertes et pragmatiques pour bien comprendre ces enjeux autour de sessions plénières, forums et multiples rencontres bilatérales d’affaires entre les participants.

Je tiens à remercier nos deux co-présidents Gérard Mestrallet, Président du conseil d’aministration, SUEZ, et président d’honneur, ENGIE, et Paul Desmarais, président du conseil et co-chef de la direction, Power Corporation du Canada. Merci à notre Président honoraire, le secrétaire général de l’OCDE Ángel Gurría, pour sa significative collaboration. En nous accueillant dans son Centre de conférences et en nous permettant d’avoir accès à son expertise dans plusieurs secteurs d’activités significatifs de notre nouvelle économie globale, l’OCDE donne à La Conférence de Paris une dimension unique.

Enfin, merci à tous nos partenaires, à nos conférenciers et intervenants qui ont su nous faire grandement profiter de leurs connaissances.

J’espère avoir le plaisir de vous accueillir aux autres forums organisés par le FEIA :

  • Toronto Global Forum, du 10 au 12 décembre 2018, sous le thème général : « Navigating a World in Disruption».
  • World Strategic Forum de Miami, les 1 et 2 avril 2019, sous le thème général : « Building a Sustainable Future»;
  • La Conférence de Montréal, du 10 au 13 juin 2019, sous le thème général : « Embracing Change»;
  • La Conférence de Paris, automne 2019