La reprise économique mondiale

Il y a un an, l’épidémie de COVID-19 a radicalement changé nos modes de vie. L’impact de la pandémie a été important sur de nombreux aspects, en particulier dans le domaine social et économique.

Par conséquent, outre les pertes de vies humaines, la pandémie a également affaibli de nombreux secteurs économiques et entraîné l’une des plus importantes récessions de l’année 2020.

Depuis le début de l’année 2021, la distribution de vaccins permet d’espérer une meilleure perspective économique. Cependant, la campagne de vaccination se heurte à des lenteurs et n’est pas répartie de manière homogène entre les pays.

Cet article mettra en lumière les principaux défis économiques présents depuis le début de l’épidémie, ainsi que les différents points de vue, données et opinions sur la manière d’amorcer correctement une reprise économique mondiale.

L’impact de la crise du COVID-19 sur l’économie

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré l’apparition du nouveau virus COVID-19 le 11 mars 2020 comme une pandémie mondiale. Cette crise a été qualifiée de « sans précédent », et avec les mesures gouvernementales mises en place pour contenir l’expansion du virus, telles que les fermetures et la distanciation sociale, de nombreux secteurs ont été largement impactés. L’adoption de mesures de confinement a en effet été un facteur important de la récession, tandis que la distanciation sociale a contribué à la contraction économique (10).

La Banque mondiale a déclaré que: “malgré les efforts extraordinaires déployés par les gouvernements pour contrer le ralentissement économique par des mesures de soutien budgétaire et monétaire, l’année 2020 a été marquée par la plus profonde récession mondiale depuis des décennies” (5). Aucun pays n’a été épargné par la récession pendant la pandémie. Les récessions profondes auront un impact important et laisseront des marques :  » une baisse des investissements, une érosion du capital humain par la perte de travail et de scolarité, ainsi qu’une fragmentation du commerce mondial et des liens d’approvisionnement  » (5).

Cependant, la crise n’a pas touché les pays de la même manière et les marchés émergents ont été plus exposés au risque de plonger dans l’extrême pauvreté. Lors de la série de conversations du FEIA, Carmen Reinhart, vice-présidente et économiste en chef du groupe de la Banque mondiale, interrogée par Karin Strohecker, a déclaré : « La crise a été particulièrement dure pour les marchés émergents car ils n’ont pas la capacité de s’opposer, de faire des contre-politiques faites dans les économies plus riches, ainsi que des vaccins » (3).

En d’autres termes, la pression exercée sur les systèmes de soins de santé fragiles, la perte du commerce et du tourisme, la diminution des envois de fonds, le ralentissement des flux de capitaux et le resserrement des conditions financières ont contribué à affaiblir les marchés émergents (5). De plus, comme ils étaient déjà fragilisés par la dernière décennie, les investissements se sont effondrés dans de nombreux marchés émergents et pays en développement (6). Certaines économies qui étaient dépendantes de secteurs tels que les voyages et le tourisme internationaux ont généralement connu une baisse du PIB plus importante en 2020 (2).

Une possible reprise économique ?

De nombreux participants aux conversations du FEIA qualifient cette crise de « sans précédent ».

Globalement, la croissance des investissements devrait reprendre en 2021. Selon l’OCDE :  » On prévoit maintenant que la croissance du PIB mondial sera de 5,6 % cette année (2021), et le rebond économique a été plus rapide que prévu dans un premier temps (2). Par ailleurs, malgré une année 2020 difficile, certains secteurs ont réussi à s’adapter aux restrictions liées à la pandémie. Lors de la Conférence de Paris 2020 (4), George H. Walker, président-directeur général de Neuberger Berman, a constaté une accélération significative de secteurs qui avaient déjà pris leur place tels que la vente en ligne, le bureau à distance, la télémédecine (etc.). Martin Coiteux, chef de l’analyse économique et de la stratégie globale à la Caisse de dépôt et placement du Québec, ajoute sur ce point que : « il y a des secteurs et des entreprises qui se portaient très bien parce qu’ils utilisaient des technologies qui les rendaient plus résilients ».

Cependant, il existe de nombreuses divergences entre les pays et les secteurs. « Des mesures d’endiguement strictes freineront la croissance dans certains pays et secteurs de services à court terme, tandis que d’autres bénéficieront de politiques de santé publique efficaces, d’un déploiement plus rapide des vaccins et d’un soutien politique fort » (2). Comme il a été mentionné précédemment, la reprise économique a été différente selon les pays. Dans le rapport de l’OCDE (2), en Chine, en Inde et en Turquie, l’activité a dépassé les niveaux pré-pandémiques grâce à des mesures fiscales énergiques et à une reprise de l’industrie manufacturière et de la construction. Dans les économies de la région Asie-Pacifique (y compris l’Australie, le Japon et la Corée), les déficits de production sont restés relativement faibles. Les économies des États-Unis et du Canada ont bien résisté, tandis que nous avons assisté à une reprise plus modeste dans les pays européens. En ce qui concerne la Chine, George Walker a déclaré que l’économie de ce pays était de nouveau en plein essor grâce à des mesures prises qui n’auraient probablement pas fonctionné dans d’autres pays. En effet, la réponse de la Chine a été « brutale » mais rapide et efficace » (11). Les différentes mesures prises par les Etats sont un fardeau supplémentaire pour les pays émergents. En effet, contrairement à l’économie américaine qui permet d’avoir une série de stimulus pour performer et revenir à la normale, les marchés émergents n’ont pas les stimulus nécessaires, et sont donc plus à risque économiquement lorsqu’une crise de cette nature se produit. Martin Coiteux explique l’asymétrie entre les pays : « La Chine a mis l’accent sur un verrouillage strict, et la principale différence a été la manière dont le gouvernement a géré la crise. L’Europe a soutenu les entreprises. Les États-Unis se sont tournés vers les ménages, ce qui explique leur résilience ».

Même si des économies comme celle des États-Unis sont particulièrement résistantes, selon la Banque mondiale : en 2021, « les économies avancées devraient reculer de 7 % ». Cette faiblesse se répercutera sur les perspectives des marchés émergents et des économies en développement, qui devraient se contracter de 2,5 % pour faire face à leurs propres épidémies. Il s’agirait de la plus faible performance de ce groupe d’économies depuis au moins soixante ans » (5).

En général, ce qui ressort de divers rapports, c’est le rôle crucial d’une vaccination rapide et efficace dans le monde entier pour assurer une bonne reprise économique (1). Les États-Unis sont aujourd’hui un bon exemple d’une forte stimulation de la campagne de vaccination. En effet, les importantes mesures de relance budgétaire prises aux États-Unis, associées à une vaccination plus rapide, pourraient stimuler la croissance du PIB américain de plus de 3 % cette année (2).

En outre, malgré toutes les mesures prises, aucune de ces approches ne pourrait fonctionner à long terme si la pandémie n’est pas entièrement combattue. Lors de l’interview sur l' »Année perdue », Martin Coiteux a ajouté que « la vraie bonne nouvelle sera lorsque nous serons en mesure de contrôler cette pandémie » (…) « Il y a un ratio dette/PIB avec lequel nous devons vivre pendant de nombreuses années » et que « si jamais l’inflation apparaît, il serait difficile de prévoir ce qui se passe et nous pourrions nous retrouver avec une faible inflation pendant un certain temps ».

Conclusion

La COVID-19 a provoqué une crise dévastatrice qui a plongé l’économie mondiale dans l’une de ses plus profondes récessions. À court terme, les responsables politiques sont confrontés à de formidables défis et doivent jeter les bases d’une reprise robuste à plus long terme. La croissance du PIB mondial devrait atteindre 5,5 % en 2021 et 4 % en 2022, la production mondiale dépassant le niveau pré-pandémique à la mi-2021. Malgré l’amélioration des perspectives mondiales, la production et les revenus dans de nombreux pays resteront inférieurs au niveau prévu avant la pandémie à la fin de 2022. (2)

S’il existe une forte perspective de reprise économique aux niveaux pré-pandémiques d’ici 2021, le résultat dépendra de la course entre les vaccins et les variantes émergentes du virus (1). La distribution rapide et efficace des vaccins jouera un rôle clé dans la reprise économique. Il est crucial de s’attaquer à la campagne de vaccination à l’échelle mondiale pour assurer la reprise économique et c’est également important d’un point de vue éthique, comme l’a mentionné Soumya Swaminathan, scientifique en chef à l’Organisation mondiale de la santé, lors de la conversation du FEIA sur l’investissement dans la prochaine décennie de santé mondiale (8). La lenteur du déploiement des vaccins et l’émergence de nouvelles mutations virales résistantes aux vaccins existants entraîneraient en effet une reprise plus faible, des pertes d’emplois plus importantes et davantage de faillites d’entreprises. (2)

Enfin, les vaccins ne suffisent pas à eux seuls à faire face aux futurs défis qui nous attendent et, surtout, il serait important d’investir dans les infrastructures, l’éducation et le climat. Comme chaque crise laisse des traces, il est important de faire les bons choix en dépensant davantage dans les domaines cruciaux.

Sources

  1. OCDE : (perspectives de prospérité économique)
  2. Rapport de l’OCDE (Perspectives économiques de l’OCDE, rapport intermédiaire mars 2021)
  3. FEIA conversation Serie – Façonner la renaissance de l’économie mondiale
  4. Conférence de FEIA de Paris (L’année perdue : comment relancer l’économie)
  5. Banque mondiale (The Global Economic Outlook During the COVID-19 Pandemic : A Changed World)
  6. PNUD
  7. PNUD : https://www.undp.org/content/undp/en/home/coronavirus/socio-economic-impact-of-covid-19.html
  8. Série de conversations du FEIA (Investir dans la prochaine décennie de la santé mondiale) : https://www.youtube.com/watch?v=F1mr0-06wHU&ab_channel=InternationalEconomicForumoftheAmericas
  9. https://www.bbc.com/news/business-51706225 
  10. Rapport du Fonds monétaire international (Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2020 : une ascension longue et difficile)
  11. Reuters (Organisé ‘overkill’ : La Chine présente un système de verrouillage rapide après la dernière épidémie)