"Nous ne pouvons pas revenir au monde d’avant": Comment le secteur économique peut-il agir pour l'environnement?

En 2021, la pandémie de COVID-19 a toujours un impact sur la vie collective et individuelle. Alors qu’il y a l’espoir d’un « retour à la normale », la crise sanitaire n’est pas encore terminée, et pourtant la perspective d’une crise environnementale risque de devenir réalité. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 24 % de l’ensemble des décès survenant chaque année dans le monde sont liés au changement climatique et à l’environnement2. Il est certain qu’avec l’augmentation de la pression humaine sur l’environnement naturel, entraînant l’émergence de maladies infectieuses via la faune sauvage, le changement climatique est lié à la pandémie de COVID-193. En outre, cette pandémie a été plus qu’une simple crise sanitaire car elle a également affecté les sociétés et les économies en augmentant la pauvreté dans certains pays5.

Cette année même, le slogan de la Journée de la Terre est « alors que le monde revient à la normale, nous ne pouvons pas revenir au monde d’avant »4. En gardant à l’esprit qu’une nouvelle crise ne serait pas seulement environnementale mais aussi socio-économique5, cet article vise à donner un aperçu du système économique mondialisé et de ses impacts sur l’environnement et comment un avenir durable peut être atteint grâce aux investissements des entreprises et aux politiques publiques/internationales.

Comment l’économie mondialisée a eu un impact sur l’environnement

Si les effets anthropiques sur l’environnement naturel ont toujours été importants tout au long de l’histoire de l’humanité, l’impact négatif de l’activité humaine sur l’environnement remonte à l’ère industrielle et est aujourd’hui exacerbé par la mondialisation6.

La mondialisation peut être définie comme:  » la diffusion de produits, de technologies, d’informations et d’emplois au-delà des frontières nationales et des cultures. En termes économiques, elle décrit une interdépendance des nations du monde entier favorisée par le libre-échange »7. Si la mondialisation contribue à la croissance économique, elle a également des répercussions sur l’environnement et le développement durable: « en accélérant les changements structurels, ce qui modifie la structure industrielle des pays et donc l’utilisation des ressources et les niveaux de pollution. La mondialisation diffuse le capital et la technologie; selon leurs caractéristiques environnementales par rapport au capital et à la technologie existants, l’environnement peut s’améliorer ou se détériorer »8. Selon les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la température devrait atteindre 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels en raison du changement climatique9.

Pour certains pays industrialisés comme les Etats-Unis, le succès économique des années précédentes a entraîné une pollution croissante de l’environnement10. En effet: « Le 20e siècle a été une ère de croissance sans précédent de l’utilisation des ressources naturelles et des matériaux. L’utilisation mondiale de matières premières a augmentée au cours du 20e siècle à un rythme environ deux fois supérieur à celui de la croissance démographique. Au cours des dernières décennies, le taux de croissance a été, sans surprise, plus rapide dans les économies en développement rapide »11. Cependant, avec une population mondiale qui continue de croître, l’utilisation des matières devrait augmenter dans les décennies à venir et, selon l’OCDE, cela conduirait a:  » favoriser la demande d’extraction de matières premières, de transformation et de gestion de la fin de vie. L’utilisation des matériaux tout au long de leur cycle de vie a des répercussions négatives importantes sur l’environnement, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des politiques qui favorisent l’utilisation efficace des ressources et la transition vers une économie circulaire ».

La production d’électricité et de chaleur est le secteur qui a le plus d’impact sur l’environnement, suivi par le transport, l’industrie manufacturière, la construction et l’agriculture12. Le secteur agricole, qui n’est pas durable, pourrait être le premier à souffrir des impacts sur l’environnement, les pays moins favorise en supporterait la charge5. Marco Lambertini, directeur général du WWF et participant lors de la conférence de Montréal 2020, a déclaré que : « Pour inverser le déclin de la nature, et pour que l’humanité puisse jouir d’un avenir durable et prospère, nous avons besoin de toute urgence d’un changement transformationnel dans nos systèmes économiques et financiers, afin qu’ils soient orientés vers la réalisation d’un développement durable à long terme, et la protection et la restauration de la nature »13.

Quels sont les défis que les entreprises devront relever à l’avenir?

Globalement, le monde que nous connaissons est confronté à un défi sans précédent: un avenir environnemental qui mettra l’économie en danger. Il est difficile d’imaginer comment le modèle actuel du PIB peut être durable à long terme pour protéger l’environnement10. Afin de protéger l’environnement, de nouvelles politiques (plus strictes) doivent être mises en œuvre. Lors de son intervention sur le changement climatique à la conférence de Montréal en 2019, Gina McCarthy, ancienne administratrice de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (APE), a déclaré que l’important était de changer la façon dont nous communiquons sur la question de l’environnement, afin que chacun comprenne l’impact sur sa propre vie14.

En plus de trouver une nouvelle façon de communiquer, il est important que les entreprises soutiennent de nouveaux modèles économiques plus durables. Lors de son intervention à la conférence de Montréal 2020, Marco Lambertini a déclaré que certains objectifs concrets seraient les suivants: « protéger davantage les terres et les mers, car moins de 8 % des océans sont protégés; mettre fin à la surexploitation des organismes vivants; et faire attention aux investissements dans des secteurs tels que l’agriculture, la pêche, les forêts et les infrastructures, qui sont les secteurs ayant l’impact environnemental le plus négatif »13.

En ce qui concerne les changements à opérer, le secteur agricole, qui est l’un des plus polluants, doit subir des changements majeurs. En parlant de ce sujet, Marco Lambertini a souligné l’importance de changer en faisant de meilleurs choix de consommation, en produisant des aliments plus durables et en évitant de gaspiller la nourriture13. Par exemple, les entreprises qui s’orientent vers une alimentation à base de plantes contribuent à des solutions plus durables. En effet, en plus d’épuiser des ressources précieuses, la production de viande contribue à un niveau stupéfiant d’émissions de gaz à effet de serre 4. Dans certains cas, les entreprises peuvent être réticentes à adopter des pratiques durables, car cela peut, selon l’avis des PDG15, affecter leur compétitivité. Toutefois, comme la durabilité fera toujours partie du développement, le fait de « devenir plus vert » n’affectera pas la concurrence et les actions doivent commencer par des lois et des règlements.

Il est certain que le changement climatique et ses conséquences dépendent également des politiques. Il est donc nécessaire que la communauté internationale mette en œuvre des politiques et des mesures de protection de l’environnement. Le dernier rapport de l’OCDE présente la coopération internationale comme des formes de coordination internationale qui incluent:  » l’harmonisation des prix du carbone (par exemple en reliant les marchés du carbone), l’extension de la couverture des systèmes de tarification, la suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles, l’élaboration d’accords sectoriels internationaux et la mise en place de mécanismes de coordination pour atténuer les fuites de carbone « 16. La coopération internationale peut apporter des avantages économiques et environnementaux qui tendent à être plus élevés avec une participation plus large des pays, une couverture plus large des émissions et des secteurs et des objectifs politiques plus ambitieux.

La coopération est également essentielle pour éviter le télécouplage, processus par lequel l’extraction des ressources et la production primaire ont lieu dans une région du monde pour satisfaire les besoins de consommateurs situés ailleurs, qui ont tendance à ne pas être conscients des dommages environnementaux causés et à ne pas en assumer la responsabilité5. Plus que de coopérer, il est également important que les gouvernements veillent à ce que les pays assument la responsabilité de leur propre empreinte environnementale et ne se renvoient pas les dommages environnementaux les uns aux autres.

Enfin, pour Marco Lambertini, « COVID-19 nous a donné une grande leçon qui devrait se refléter dans les accords environnementaux »13. Tous les efforts doivent être combinés par des investissements vers de nouveaux modèles durables et des politiques gouvernementales plus strictes. Pour Gina McCarthy, la communauté des investisseurs doit changer sa façon de communiquer : « Les gens doivent considérer le changement climatique comme un signal d’alarme. Il ne s’agit pas de se sacrifier mais de courir vers un avenir meilleur. Il nous manque une inspiration pour partager des valeurs morales et faire quelque chose »14.

Conclusion

La mondialisation de l’économie a largement contribué au changement climatique et avec ses conséquences socio-économiques, il est urgent de s’orienter vers des modèles économiques plus durables.

Alors que les entreprises craignent le risque de perdre leur compétitivité, il sera nécessaire d’insister pour changer de cap afin de stimuler les investissements privés13. Les objectifs de développement durable des Nations unies sont entrelacés, ce qui montre l’interconnexion des objectifs sociaux, économiques et environnementaux. Cette connexion démontre également l’importance de la coopération internationale pour résoudre ce problème et le pays qui mène ce changement aura un rôle important. Le nouveau président élu des États-Unis, Joe Biden, invitera 40 dirigeants mondiaux à un sommet sur le climat les 22 et 23 avril, renouvelant ainsi son intention de revenir aux accords de Paris. La politique américaine sous Biden a clairement montré son attention à centrer l’environnement au cœur des politiques et l’administration de Biden a permis une « allocation de 6 milliards de dollars pour la restauration du climat ».

La pandémie a servi d’avertissement pour montrer à quel point un monde interconnecté est fragile. À l’avenir4, le renforcement des systèmes de santé, l’amélioration de la surveillance des maladies infectieuses chez les animaux sauvages, le bétail et les humains, et une plus grande protection de la biodiversité et de l’environnement naturel, devraient réduire les risques d’apparition d’autres nouvelles maladies.

Sources

  1. Organisation Mondiale de la Santé, envrionnement et santé
  2. Organisation Mondiale de la Santé, COVID-19 et maladie
  3. Nations Unies pour le Développement – COVID-19 et impacts socio-économiques
  4. Jour de la Terre 2021
  5. Rapport WWF – Global Future
  6. Environmental Crises in World History
  7. Investopedia
  8. Harvard Working Paper
  9. GIEC
  10. Columbia University Blogpost
  11. Rapport OCDE: Scénarios pour une transition vers une forme de gestion efficace des ressources et économie circulaire
  12. emissions par secteurs
  13. The Race to Build a Sustainable Global Food System
  14. Conference of Montreal 2019 – Wednesday, June 12 – Fireside Chat – WHAT ROLE FOR GOVERNMENTS IN MITIGATING CLIMATE CHANGE?
  15. Harvard Business Journal – sustainability driver of innovation
  16. OECD report: The economic and environmental benefits from international coordination on carbon pricing: Insights from economic modelling studies

Auteure: Aurore Saccagi, Conseillère, Contenu et Programme