Mot du président et chef de la direction

Nicholas Rémillard

Président et chef de la direction,

Forum économique international des Amériques

La 3e édition du Forum économique international des Amériques – La Conférence de Paris, qui s’est tenue du 13 au 14 novembre dernier au Centre de conférences de l’OCDE, a été un grand succès. Plus de 70 conférenciers et intervenants ont animé une discussion franche et ouverte sur l’économie mondiale avec quelque 1300 participants venant de toutes les régions du monde.

Une mise en garde émane de ces deux jours d’échanges et de rencontres quant à la situation actuelle de l’économie mondiale. En effet, actuellement, une incertitude grandissante conduit à la fois investisseurs et consommateurs à être prudents. L’attente d’une entente signée entre les États-Unis et la Chine sur la guerre des monnaies (currency war) en est l’une des raisons; le règlement des problèmes de “propriété intellectuelle” afin de faciliter les traités de libre-échange en est une autre. Cependant, si ces accords tardent trop, investisseurs et consommateurs deviendront craintifs et pourraient avoir peur d’investir et d’acheter, provoquant ainsi une récession sévère.
De plus, la bonne performance des Bourses s’explique principalement par les faibles taux d’intérêt et l’obligation d’aller investir en bourse pour avoir un rendement décent. Il ne faut pas y voir un signe de bonne santé économique, mais un possible danger qui peut échapper à notre contrôle tout comme l’a été le secteur immobilier pour les mêmes raisons.
Par ailleurs, l’endettement mondial, notamment en Chine et les dettes d’entrepises nous rappellent la faible marge de manœuvre des banques centrales. Il est clair qu’aujourd’hui, elles n’ont pas les mêmes moyens de réaction qu’en 2008. Mais faut-il pour autant être pessimiste? Non, dans la mesure où l’on fait l’effort nécessaire pour bien comprendre les grands changements auxquels nous sommes confrontés et que « l’on réagisse en conséquence ».

En effet, tant la révolution numérique avec l’avènement de l’intelligence artificielle, des technologies et des communications, de l’énergie, nous oblige à repenser nos façons de voir l’évolution de la condition humaine et celle de la planète qui l’abrite. De plus, toutes les discussions ont été l’occasion de souligner l’urgence d’agir en ce qui concerne les changements climatiques.

Mais qu’est-ce que cela signifie «agir en conséquence »? Disons tout d’abord que c’est l’ensemble de la planète qui est en profond changement. Les technologies de communication instantanée  permettent aux humains, peu importe où ils vivent sur la planète, communiquer entre eux. Ils prennent ainsi conscience de leurs conditions de vie en se comparant à d’autres et peuvent s’organiser dans le but d’améliorer les sphères socio-culturelle, politique et économique de leur vie. Sur tous les continents des gens contestent les autorités et provoquent la chute de gouvernements au nom de la démocratie, de la liberté et de la recherche de l’inclusion.

C’est ainsi que les intervenants de la Conférence ont mentionné haut et fort l’obligation d’ajuster le libéralisme et le capitalisme à ces nouvelles réalités impératives. Mais là aussi se pose la question :que signifie cette « inclusion » que l’on réclame partout?

Tout d’abord, un consensus s’est dégagé pour réclamer une nouvelle mondialisation plus équitable des économies. Les états doivent pouvoir s’associer pour échanger tant sur le plan commercial et financier que social et culturel avec cependant à la base cette notion d’équité qui nous renvoie et  aux réalités de chaque nation.

Doit-on continuer à se référer à un «nationalisme» malgré le sentiment protectionniste qu’il peut signifier? La discussion sur ce grand enjeu a été vigoureuse et révélatrice du mouvement populiste qui se développe dans plusieurs États, européens en majorité. Selon certains, ces “nationalismes” pourraient nous évoquer les années 1920 et 1930 qui ont conduit au nazisme et à la Seconde Guerre mondiale de 1939-45.

Une discussion sensible donc, qui a amené aussi les participants à souligner les problèmes d’immigration, surtout dans les pays développés. Les interventions ont alors fait ressortir d’une part l’obligation qui existe pour les États de contrôler leurs frontières, et d’autre part la grande importance sur le plan humanitaire, de ces gens qui cherchent un monde meilleur au péril de leur vie. Il apparait nécessaire que les états puissent contrôler leur immigration puisqu’ils doivent assurer l’intégration des nouveaux citoyens pour le bénéfice de l’ensemble de la population à un moment où les déficits de main-d’œuvre deviennent de plus en plus stratégiques dans plusieurs pays.

Cela nous ramène à la notion de « réfugié » du droit international qui fait référence au droit de tous les humains de demander l’asile dans un autre pays si leurs conditions de vie sont inacceptables au point de mettre leur vie en danger. Mais selon plusieurs intervenants, cette notion de «réfugié» ne correspond plus à l’ensemble de nos réalités. Quelle serait donc la solution? Entre l’obligation de contrôler les frontières et celle du respect de la réalité humanitaire, nous devons trouver des solutions.

Malheureusement, comme il a été souligné à plusieurs reprises, les organismes multilatéraux ne font pas le travail qu’ils devraient faire pour mener la discussion à l’échelle internationale afin d’en arriver à des solutions humaines et réalistes le plus tôt possible, dans le contexte de l’obligation des gouvernements de bien gérer l’intérêt public.

Plusieurs intervenants ont souligné l’obligation que nous avons de repenser nos organismes multilatéraux qui datent des accords de Bretton Woods. À l’approche protectionniste et conflictuelle qui semble malheureusement se développer partout sur la planète, il nous faut trouver des moyens d’inclusion et de collaboration tant à l’échelle de la population civile que de celui des entreprises et des institutions.

Quelque 75 ans après le débarquement et 30 ans après la démolition du mur et au moment où le Brexit ramène des questions existentielles pour l’Union Européenne, nous voilà à une croisée des chemins particulièrement significative dans l’histoire de l’humanité. Il nous importe, de façon urgente de bien comprendre les grands changements auxquels nous sommes confrontés. Nous pourrons alors apporter les solutions qui s’imposent pour nous amener vers un « nouveau monde».

C’est là l’objectif premier du Forum économique international des Amériques – La Conférence de Paris.